2. Le dessin et l'idée
« Le dessin, que d'un autre nom nous appelons trait, est ce en quoi consiste et ce qui constitue la source et le corps de la peinture, de l'architecture et de tous les autres genres d'art, et la racine de toutes les sciences », fait dire à l'artiste le miniaturiste portugais Francisco da Hollanda dans ses Dialogues avec Michel-Ange écrits à la suite de leurs conversations à Rome en 1538. Mais ce dessin, père des trois arts que pratiqua Michel-Ange, n'est nullement la simple habileténécessaire à imiter les choses innombrables de la nature, comme pour Léonard de Vinci. Il est la recherche de la « difficulté de la perfection », une « copie de la perfection de Dieu et un souvenir de la peinture divine, une musique et une mélodie que seul l'intellect peut percevoir. Et cette peinture est si rare que très rares sont ceux qui parviennent à l'exécuter et à y atteindre ». On voit ici, outre la conception élitiste que Michel-Ange avait de l'art, que pour lui le dessin est au service de l'idée ou plutôt dans une constante interaction avec elle. Chez lui l'idée doit être entendue en un sens complexe : elle est l'idée des néo-platoniciens qu'il fréquenta à Florence dans sa jeunesse, l'intuition, la réminiscence du beau qui n'est autre selon eux que le reflet de la divinité éparse dans la nature ; mais elle est aussi la cristallisation, dans la solitude et la réflexion, de sa propre expérience, de ses passions et de ses tourments ; elle est le miroir de son caractère, de cette terribilità que lui attribue Vasari, entendant par là la grandeur de son esprit, la rudesse de ses manières et la difficulté inédite de son style ; elle est encore le fruit de cette fantasia, la capacité d'imaginer, pour laquelle il revendique toute liberté en prenant pour exemple, dans les Dialogues de Francisco da Hollanda, les grotesques et leurs agencements irrationnels de créatures chimériques ; elle est le produit de l'« innutrition » des chefs-d'œuvre antérieurs de l'art, pris comm […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 19 pages…



