5. L'architecte et l'expert
L'architecture de Michel-Ange possède les mêmes caractères que sa sculpture. Le premier est la plasticité de ses constructions et projets, qui l'amène à réduire à presque rien les surfaces murales lisses et à articuler richement les parois par des bandes saillantes, des pilastres, des niches et des fausses fenêtres, des corniches et des entablements aux frises finement sculptées. L'édifice est conçu comme un organisme humain dont l'architecte tel un savant médecin révèlerait la structure et les forces internes, les muscles et les tendons. Le deuxième est le dynamisme, entendu en un double sens : mouvement interne à l'édifice, comme la tension entre support et entablement dont il accentue fréquemment le contraste, entre le nu du mur ou les ouvertures et ce qui les encadre ; et mouvement suggéré à qui se trouve face à l'une de ces constructions ou qui y pénètre, par l'accentuation d'un ou de plusieurs axes l'invitant à se déplacer. Le troisième trait constant est sa liberté imaginative, l'audace de Michel-Ange pour inventer des formes et des ornements, cette licenza que Vasari loue chez lui tout en en reconnaissant le danger : le mépris des règles de proportion et d'agencement des ordres enseignées par Vitruve et respectées par tous ses contemporains. Enfin, comme dans l'exécution de ses sculptures, Michel-Ange a toujours cherché à maintenir son projet dans un état de fluidité, à n'adopter définitivement une solution qu'à mesure que la construction l'exigeait ; ses dessins en témoignent, dont aucun ne correspond exactement à ce qui fut réalisé.
On a coutume de distinguer deux grandes périodes dans l'activité architecturale de Michel-Ange. La première, de 1514 à 1534, durant laquelle il travaille presque exclusivement à Florence (la façade de la chapelle de Léon X au château Saint-Ange exceptée) et presque exclusivement pour les Médicis (à l'exception des projets de fortification de Florence pour le gouvernement républicain). Dans ces constructions, il ad […]
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