Doctrine et mouvement religieux dont l'origine remonte au iiie siècle de notre ère, le manichéisme a été longtemps considéré et traité comme une « hérésie » ou une secte chrétienne. En réalité, il est, au sens plein du terme, une religion : une religion de type dualiste et d'essence « gnostique », mais qui, eu égard à son originalité foncière, est inassimilable à toute autre, et qui, en raison de sa cohérence dogmatique, de la rigidité de sa structure et de ses institutions, n'a cessé de garder, tout au long de son histoire, son unité et sa physionomie propres. De surcroît, par son extension, mais surtout par son intention et ses ambitions initiales, le manichéisme mérite d'être compté parmi les religions universelles. Tout autant fait-il partie des religions révélées ou, sous d'autres aspects, des « religions de salut » ou des « religions du Livre ». Il est aussi une Église : la constitution qu'il s'est donnée répond à un type « ecclésiastique », et, de fait, il s'est lui-même appelé « la sainte Église » aussi bien que « la sainte Religion ».
Pendant longtemps, la connaissance et l'étude du manichéisme n'ont reposé que sur des témoignages indirects, dus généralement à des adversaires, et dont le principal est celui de saint Augustin. À ces sources grecques et latines sont venues s'adjoindre – surtout à partir du xixe siècle – des sources syriaques (saint Éphrem, en particulier, et Théodore bar Kōnaï), arabes ou persanes (au premier chef, Ibn al-Nadīm et al-Bīrūnī), pehlevies (Dēnkart, Škand gumānīk vicār) et arméniennes (Eznik de Kolb). Plus récemment, la situation a été renouvelée par les découvertes successives de documents directement issus du manichéisme : textes ou fragments de textes dits « de Tourfan », rédigés en trois dialectes iraniens (parthe, moyen-perse, sogdien), en ouïghour (vieux-turc), en chinois, et exhumés en très grand nombre, à la fin du xixe et au début du xxe siècle, dans la région de Tourfan, au nord-ouest du Turkestan chinois, ainsi qu'au Gansu, dans […]
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