Le destin poétique de Góngora est sans doute l'un des plus contrastés qui se puissent trouver dans l'histoire littéraire espagnole. Adulé par les beaux esprits de son temps, cible favorite des poètes marquants de l'époque, il occupe incontestablement une place majeure dans la poésie du Siècle d'or. Pourtant, le xviiie siècle, imbu de style néo-classique, le délaisse ; la mode est alors à l'esprit français, et « gongorisme » devient synonyme d'affectation et d'obscurité. Cette interprétation aura la vie dure puisque le romantisme ignore Góngora, même en Espagne. Et Verlaine le place, sans bien le connaître, dans sa galerie des « poètes maudits ». Il faudra l'enthousiasme et l'attention critique d'une génération de poètes, Federico García Lorca, Jorge Guillén, Dámaso Alonso, Pedro Salinas, Gerardo Diego, pour exhumer de l'oubli les vers du poète cordouan, et lui rendre cette prééminence dans les lettres espagnoles que personne aujourd'hui ne songe plus à lui contester.
1. La vocation poétique
Né à Cordoue, Luis de Argote y Góngora (pour des raisons d'harmonie, il choisira le patronyme de sa mère) appartient à une famille établie dans la ville depuis plusieurs générations et honorablement connue par son lignage et sa fortune. Son père, ordonnateur des biens confisqués par l'Inquisition, semble avoir été un homme cultivé, amateur de livres, autour duquel se réunissaient les lettrés de la ville. Mais la figure la plus représentative de la famille est l'oncle maternel de l'enfant, Francisco de Góngora, prébendier du chapitre de la cathédrale de Cordoue, riche propriétaire terrien qui léguera au poète sa charge et ses bénéfices.
Après des études poursuivies sans doute chez les jésuites, à Cordoue, le jeune Góngora, qui a reçu les ordres mineurs, est envoyé à Salamanque en 1576 pour y suivre les cours de la faculté de droit. Il y reste quatre années, consacrant la meilleure partie de son temps, si l'on en croit ses premiers biographes, aux joutes poétiques et aux jeux de cartes dont il se […]
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