2. Cultisme et gongorisme
On a longtemps fait de Góngora l'initiateur en Espagne d'un style poétique, le cultisme – ou cultéranisme, ainsi que l'intitulèrent par dérision ses détracteurs qui faisaient rimer le mot avec luthéranisme : hérésie littéraire donc, discours emphatique auquel on opposait le conceptisme d'un Quevedo, recherche piquante de la pensée sous une forme plus sobre, plus fidèle aussi à la poésie du xvie siècle, celle de Garcilaso de la Vega et Fray Luis de León. La critique actuelle tend heureusement à revenir sur ces oppositions trop sommaires où il faut voir bien plutôt des divergences d'écoles, des conflits de personnes, qu'une véritable dichotomie dans l'histoire de la poésie espagnole du Siècle d'or. Il n'en reste pas moins que le style propre de Góngora – que l'on affubla de la dénomination péjorative de « gongorisme » – manifeste des caractères bien particuliers qui le distinguent nettement de la poésie pratiquée par ses contemporains.
Influencé à ses débuts par la tradition pétrarquisante, si vivace en Espagne au xvie siècle, Góngora est plus sensible encore à la veine maniériste du Tasse et de Iacopo Sannazaro, dont ses grands poèmes et ses sonnets portent la marque. On retrouve chez lui le même amour de l'hyperbole, le culte de la périphrase, de l'allusion mythologique, de l'énumération. La syntaxe, sacrifiant la clarté immédiate de la phrase à la composition architecturale mouvementée, est riche d'oppositions rhétoriques et de contrastes expressifs. Mais ces éléments, que l'on retrouve portés jusqu'à l'outrance chez le poète italien Giambattista Marini, contemporain de Góngora, sont soumis chez l'Espagnol à une étonnante exigence musicale dont toute traduction, si élaborée soit-elle, restitue assez mal la mélodie et les harmoniques. Allitérations, onomatopées, proparoxytons abondent, emportés dans un tourbillon généreux mais toujours gouverné, témoignage éclatant du « baroque » en Espagne.
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