Poète, dramaturge, homme de théâtre, « animateur », pour son temps, de la culture la plus vivante, mais surtout de la sensibilité et de la compréhension artistiques de son pays, Federico García Lorca est un créateur d'importance historique et de renommée mondiale. Malgré bien des vicissitudes, esthétiques et politico-sociales, il continue de résister aux malentendus, aux censures, aux étiquetages et aux enthousiasmes les plus divers.
La clé de cette fortune comme de cette intégrité, un poète ami (Juan Marinello) l'a donnée : « Quand un homme, une fois, se donne, pleinement et en vérité, à l'appel de ce qu'il est hic et nunc, il se livre pour toujours, et de partout on le découvre. » Fils de la bourgeoisie libérale aisée de sa province, « poète de naissance, irrémédiablement » et ne se voulant pas autre chose, s'étant situé une fois pour toutes du côté « de ceux qui n'ont rien et à qui on dénie jusqu'à la tranquillité du néant », pour avoir suivi jusqu'au bout la logique de cette triple condition, il a pu rester proche et vivant. Du même coup, il demeure pour tous un témoin privilégié et engagé de la vie changeante, des échecs dramatiques, de l'espérance obstinée de son peuple et de son époque.
1. L'expression poétique, nécessité sociale
• Une présence trop brève
Il naît à Fuentevaqueros, près de Grenade, à l'heure où l'Espagne vaincue cède Cuba aux États-Unis en pleine expansion vers l'Amérique latine. Sans jamais perdre un contact vital avec sa terre et sa famille, il s'établit vers sa vingtième année dans la moderne Résidence des étudiants de Madrid. Il a renoncé à la carrière musicale. Il achève ses études de droit et de lettres ; mais, surtout, il ouvre ses fenêtres à la vie, à l'art et à la pensée de son temps, il se voue au métier de poète – lyrique, dramatique, voire « graphique » –, il se fait promoteur, conjointement, de l'avant-garde artistique européenne et de la plus profonde tradition nationale.
Une année au Nouveau Monde (1929-1930 : New York, puis Cuba) lui apporte le rec […]
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