Comment les apports de la psychanalyse peuvent-ils nous aider à apprécier les œuvres littéraires ? Quel bénéfice la critique, quel profit l'art de bien lire et d'aider les autres à mieux lire peuvent-ils retirer d'un savoir qui vise principalement la connaissance et la correction des troubles de la psyché ? Il y a quelque artifice à se dire étonné de la collaboration entre deux disciplines que beaucoup de choses rapprochent dès l'origine. Mais il y a autant de résistances, dans le public cultivé, à accepter l'idée que des spécialistes de la pathologie mentale viennent nous éclairer sur les belles-lettres, sur la naissance, le devenir, la signification des chefs-d'œuvre de la pensée humaine, alors même que, tout le monde le reconnaît par ailleurs, le génie des écrivains ne va pas sans un grain de folie, les jouissances qu'ils nous procurent plongent largement dans l'irrationnel, ou relèvent au moins d'une sorte de magie.
La littérature, ce sont des auteurs, des livres et des lecteurs. La psychanalyse, ce sont des concepts rassemblés en doctrine, des techniques d'exploration et des êtres humains qui se livrent corps et âme à l'écoute de ce qu'ils disent. On imagine volontiers que des liens de différente nature mettent en rapport ces composantes diverses. On admettra tout aussi vite que les conditions historiques du développement de la théorie freudienne et de l'évolution de la chose littéraire ont joué, continuent et continueront de jouer un rôle dans la façon dont se nouent des relations complexes. Il paraît être de bonne méthode d'observer les événements du passé avant de décrire la situation actuelle, mais il faut préciser d'emblée que nous n'aurons pas la facilité de suivre une série continue de métamorphoses : par l'effet du génie de Freud, tout fut envisagé dès le départ. Grâce à la diversité des penseurs et des courants de pensée, toutes les possibilités sont encore offertes, sinon exploitées, de nos jours. Comme il n'y a pas de création poétique sans mystère, il n'y a pas de prise sur l'inconscie […]
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