3. Fantasme et fiction
Les œuvres nées de l'obscure tradition orale forment un point de référence commode. On y voit opérer en gros les mécanismes que la littérature dite grande présente dilués et déliés ; on peut leur appliquer tous les modes d'approche psychanalytique que l'on veut. Du fait même qu'ils ne sont surplombés par aucune instance auctoriale (qui donc, hormis un spécialiste, se soucie de déceler en Grimm un homme, ou deux frères, ou une équipe de chercheurs ?), il est possible de mettre en œuvre avec les contes un autre mode de lecture, un autre mode d'écoute qui fassent d'eux nos seuls partenaires, qui traitent les œuvres en valeurs authentiques, autonomes, dignes de considération pour elles-mêmes et non plus parce qu'elles reflètent un artiste ou un donné collectif. Les récits merveilleux prouvent qu'on peut lire en l'absence de l'auteur. En le plaçant, lorsqu'il existe, entre parenthèses.
L'adoption de ce style d'approche doit beaucoup, évidemment, à l'attitude structuraliste qui a prévalu dans notre culture durant la décennie 1968-1978, quand il fut à la mode de déclarer la mort de l'homme et le triomphe des dynamiques abstraites auto-organisées. Le prévisible mouvement de pendule qui s'imposedésormais, sans reconduire à la célébration idéaliste et idéalisante d'une personne « faite à l'image de Dieu », a réinstauré le privilège du sujet redevenu source de toute énonciation et pas seulement des énoncés. Le critique peut déplacer son champ d'action de derrière l'écriture à devant la lecture. Après le déchiffrement biographique, puis le décryptage des textes absolus, voici ce qu'on pourrait appeler la découverte du lecteur dans le livre – à l'instar de l'image dans le tapis de fameuse mémoire. Comment ne pas remarquer ce qu'une telle position a de conforme au projet même de la psychanalyse ? C'est bien dans le droit-fil de la théorie freudienne que l'on envisage le face-à-face de deux inconscients dans le cadre de la page écrite : une psyché ici, là du sens en gés […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 11 pages…



