Situé sur une petite place, au niveau du numéro 13 de la rue de Ravignan à Paris, constitué par un amas hétéroclite de poutres, de planches et de verrières, qu'aucune compagnie ne consentit jamais à assurer contre les risques d'incendie, cet étrange ensemble d'ateliers vétustes et obscurs appartient à l'histoire de l'art moderne. En effet, à partir de 1904, Picasso, Van Dongen, Juan Gris, Constantin Brancusi, Pascin, Modigliani, Severini, Pierre Mac Orlan, Reverdy, Max Jacob habitèrent au Bateau-Lavoir, et le vieux bâtiment connut, jusqu'à la Première Guerre mondiale, une intense activité créatrice. Fréquenté par une foule nombreuse et bruyante, il accueillit en quelques années des peintres aussi célèbres aujourd'hui que Matisse, Braque, Léger, Derain, Dufy, Utrillo, Metzinger, Marcoussis, des poètes, des écrivains, Guillaume Apollinaire, Alfred Jarry, Jean Cocteau, Raymond Radiguet, André Salmon, Gertrude Stein et son frère Léo, des comédiens, Charles Dullin et Harry Baur, un mathématicien, Maurice Princet, et les grands marchands Ambroise Vollard, Wilhelm Uhde, Daniel-Henry Kahnweiler. Propriété, autour de 1867, d'un serrurier, François-Sébastien Maillard (dont les initiales en fer forgé figuraient au-dessus de la porte d'entrée), le Bateau-Lavoir, écrit Jeanine Warnod (Le Bateau-Lavoir, Paris, 1975), « est entré dans l'histoire lorsque le peintre Maxime Maufra vint y vivre en 1892 ». On l'appelait alors « La Maison du Trappeur » et Gauguin y séjourna ainsi qu'une troupe turbulente, faite à la fois de jeunes anarchistes et de peintres symbolistes qui s'y retrouvaient tous les samedis. Entre 1900 et 1904, Maurice Raynal y note la présence d'un marchand des quatre-saisons, d'un restaurateur de tableaux et de deux colonies d'artistes, l'une italienne groupée autour de Soffici et l'autre espagnole avec, entre autres, Paco Durio, qui devait céder son atelier à Picasso. Rebaptisée avec l'arrivée de Picasso et de ses amis, par André Salmon ou par Max Jacob qui voyaient dans la configurati […]
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