Observateur passionné, Robert Delaunay s'est emparé des idées et des théories de son temps pour les développer, les contredire et enfin les dépasser. Le cubisme s'élaborait alors, guidé par un sévère esprit de géométrie et enfermé dans une inexorable monochromie. L'instinctif Delaunay aspirait à reconstruire le monde, non point selon un principe rationnel, mais en accord avec une puissance active, la lumière. C'est elle en effet qui anime et découpe les choses, et qui se décompose même en couleurs. Mais bientôt, la lumière se débarrasse de ces prétextes objectifs. Elle devient forme et en même temps sujet, son propre sujet.
L'œuvre de Delaunay a contribué à l'élaboration du cubisme et donné naissance à une tendance particulière de celui-ci, pour finalement s'engager dans la voie de l'art abstrait. Delaunay est en effet le pionnier le plus déterminé et le plus fécond d'un art abstrait qu'il met au service des grandes entreprises sociales et urbaines.
À cette révolution de l'art mural s'associe Sonia Delaunay-Terk, sa femme. Stimulante camarade de travail par sa propre activité picturale, elle a en outre rénové totalement l'art du tissu.
1. Un révolutionnaire de l'avant-garde européenne
Robert Delaunay est né à Paris en 1885. En 1902, il entre dans un atelier de décors de théâtre et s'adonne à la peinture dès 1904. Il a lu les travaux de Chevreul sur la loi du contraste simultané des couleurs, écouté la leçon du néo-impressionnisme puis celle de Cézanne. Dans le Douanier Rousseau, il voit « le grand-père de la révolution artistique moderne ». Il connaît Picasso, Braque, mais c'est Gleizes qui pressent avant 1914 son rôle de novateur. C'est avec le groupe de Gleizes, Léger, Le Fauconnier qu'il expose à la première manifestation cubiste en 1911. L'année suivante, il refuse de figurer à la « Section d'or », conscient de mener sa propre aventure au sein de la révolution cubiste. « Orphisme », écrit Apollinaire, dans la revue Les Soirées de Paris, pour désigner cet « art pur » en qui il reconnaît […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



