Le titre du recueil dans lequel Reverdy réunit en 1949 les poèmes écrits au long de plus de trente années (1913-1949), Main-d'œuvre, révèle le secret profond du poète et de son originalité. Voici en effet un poète, au sens authentique et étymologique, d'abord un manouvrier du verbe. N'était-il pas issu d'une lignée d'artisans languedociens, manouvriers de la pierre et du bois dans cette Montagne Noire où nature et solitude se joignent en un accord à la fois pathétique et serein ? Un autre recueil a pour titre Grande Nature (1925). Deux pôles d'une poésie essentielle : le verbe à travailler et à sculpter pour produire un univers de formes symboliquement accordées aux mystères du monde et à ceux de la conscience ; et la nature à contempler dans la solitude, à réinventer dans la contemplation pour authentifier le rêve et consolider l'imaginaire ; en un mot, obsession de l'accord entre l'art et la vie : « L'art pour l'art ; la vie pour la vie, deux points morts. Il faut à chacun l'illusion des buts et des raisons. L'art par et pour la vie, la vie pour et par l'art. »
1. De la révolte à la nature
Il y eut bien l'âge de la révolte, au temps où le jeune Pierre Reverdy, trop sensible à la pesanteur d'un monde qui est cage et prison, plutôt que nature, tente de se servir de la poésie pour en briser les barreaux. Venu de Narbonne, où il était né, à Paris en 1910, le voici à Montmartre, dans cette rue Ravignan immortalisée par Max Jacob, engagé dans la « merveilleuse aventure » du Bateau-Lavoir. Lorsqu'en 1917 il fonde sa revue Nord-Sud, il précède et annonce le surréalisme qui le consacrera bientôt comme un des siens. C'est le temps de La Guitare endormie (1919). Mais, déjà, Étoiles peintes (1921) et, plus encore, Épaves du ciel (1924) s'éloignent de la révolte pure : Reverdy ne sera pas un nouveau Lautréamont ; la poésie cesse d'être un moyen, elle devient une fin, elle retrouve un objet spirituel, elle démontre sa propre raison d'être, qui est bien de rejoindre la vie – celle des profo […]
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