Il n'est sans doute pas un collectionneur qui aujourd'hui ne rêve d'avoir la chance et le flair de cet « autodidacte ». D'origine allemande, fixé en France en 1903, Wilhelm Uhde découvre immédiatement le Douanier Rousseau, sur lequel il sera le premier à écrire un livre : Henri Rousseau, le Douanier (1911). Il s'intéresse en même temps à Braque et à Picasso, qu'il encourage et dont il achète les toiles dès 1905. Il organise des expositions de peintres français modernes à Zurich, à Berlin et à New York. Son portrait par Picasso (1910) est un repère important de l'évolution de celui-ci vers le cubisme « hermétique ». Comme celle de Kahnweiler, son importante collection est saisie comme « biens ennemis » pendant la Première Guerre mondiale, et deux ou trois cents toiles cubistes lui appartenant sont littéralement soldées en 1921, dans des conditions où le chauvinisme fait bon ménage avec une « chute des cours » sciemment entretenue par d'autres marchands de tableaux. Bien qu'il ait en partie reconstitué sa collection, Uhde se tourne alors plutôt vers les « naïfs », héritiers du Douanier Rousseau. On lui doit notamment la mise en valeur de Louis Vivin, et surtout celle de Séraphine, sa propre femme de ménage, dont il découvre la production quasi clandestine, de tendance mystique ; il favorise, par tous les moyens, son travail et la secourt après son internement en 1930. Peu porté sur la spéculation financière, Wilhelm Uhde défend, dans plusieurs livres, avec un talent passionné les artistes qu'il admirait (Picasso et la tradition française, 1929 ; Cinq Maîtres primitifs, 1948). Il a laissé, d'autre part, des souvenirs de jeunesse (Zur Zeit Bismarck bis Picasso, 1938).
Gérard LEGRAND
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