Peintre espagnol de l'école de Paris mort prématurément, Juan Gris est aujourd'hui considéré comme l'un des maîtres du cubisme, le seul dont l'œuvre puisse se comparer à celle d'un Braque ou d'un Picasso. Il joua un rôle prépondérant dans l'élaboration et le développement de la seconde phase de la peinture cubiste, dite du cubisme synthétique, qui visait – en réaction contre la période dite analytique où une fragmentation croissante des objets avait transformé le tableau en poème pulvérisé – à une représentation par plans continus, donc à une construction plus ferme et à un espace unifié. En effet, la grande révolution plastique du début du xxe siècle est déjà à un stade fort avancé quand Gris aborde la peinture de façon sérieuse, mais il a tôt fait d'assimiler le nouveau langage figuratif. Il doit, par contre, à une solide formation scientifique et à ses qualités proprement intellectuelles d'être le premier à en discerner les prolongements théoriques et esthétiques. Les procédés du collage et des papiers collés, qu'il utilise à la suite de Picasso dès 1912, lui apportent la révélation d'une syntaxe plastique plus serrée, mieux structurée, et où les allusions au monde extérieur, réduites à quelques signes, dépendent des faits picturaux. Cet art de synthèse, à la poursuite duquel Gris consacra toute sa vie, trouve sans doute son expression la plus achevée dans les œuvres qui s'échelonnent de 1916 à 1919. Jamais les postulats fondamentaux du système cubiste n'auront servi de base à une démonstration plus précise ni plus convaincante. La peinture de Gris évolue par la suite vers un dépouillement de plus en plus accentué, où la sobriété de la palette s'allie à un sens tout classique de l'architecture des formes pour donner naissance à un monde empreint d'une solennité presque religieuse.
1. L'initiation au cubisme
Né à Madrid dans un milieu aisé, Juan Gris, de son vrai nom José Victoriano González, n'hésita pas longtemps sur sa vocation : il serait peintre. Et il le prouve : en 1904 […]
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