3. L'union avec Dieu
La philosophie et les religions aspirent toutes à rapprocher l'homme de Dieu. Pourtant on ne s'attache à Dieu que grâce aux moyens révélés par Dieu lui-même : les préceptes de la loi mosaïque correctement interprétés par la chaîne ininterrompue des docteurs qui se sont succédé depuis Moïse. À l'intérieur même du judaïsme, la secte des Karaïtes, qui préconise la libre exégèse personnelle de la Bible, se morcelle en une multiplicité de groupes et compromet l'efficacité d'un système de règles destiné à faire descendre sur l'homme l'influx divin. La philosophie vénère la Cause première ; mais il ne s'agit là que d'une simple politesse qui ne coûte rien. Le christianisme et l'islam ont voulu imiter le judaïsme ; ils n'en sont que des contrefaçons. Ils raillent l'humiliation et les souffrances des juifs sans s'apercevoir qu'ils exaltent chez le fondateur de leur religion et ses premiers disciples cette humiliation et ces souffrances. Ils prétendent que l'homme est sauvé par la prononciation d'une formule, un credo, qui le hisse du rang des animaux à celui des êtres immortels, que le sujet comprenne ou non ce qu'il dit. Pour le juif, le service de Dieu est un engagement total qui exige des actions pénibles et de grands sacrifices, mais qui lui procure dès ici-bas cette félicité que les autres religions promettent à leurs fidèles dans l'autre monde. Cependant, en dépit des appréciations sévères que Juda Hallévi porte sur le christianisme et l'islam, il n'en pense pas moins qu'ils contribuent à préparer l'avènement du Messie.
Le jugement qui résumerait le mieux la réaction courante des juifs à l'égard de Juda Hallévi semble bien être celui d'un rabbin italien du xvie siècle : « Maïmonide est moitié vérité et moitié erreur ; Juda Hallévi est tout entier vérité. »
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