La tournure adjectivale « karaïtes » (ou Benè-Miqra, « fils de l'Écriture » ; de l'hébreu qārā : « lire »), repérable dans les midrashim et traduisible par « biblistes » ou « scripturaires », fut adoptée par les (ou imputée aux) épigones d'Anan, le premier fondateur du groupe des karaïtes ; ceux-ci, au sein du judaïsme, devaient s'affirmer et se développer durant des siècles, à l'instar du mouvement que sera, dans l'histoire parallèle du christianisme et bien des siècles plus tard, le protestantisme.
C'est au milieu du viiie siècle qu'à Bagdad le rabbin Anan ben David rompit avec la tradition juive pour proclamer le retour au texte de la Loi : « Étudiez la Loi à fond », telle était sa consigne. Il écrivit un Livre de préceptes qui supplantait chez ses sectateurs, appelés d'abord Ananites, la Mishnah et le Talmud. Ce mouvement s'étendit vite dans les milieux juifs d'Irak et de Perse, puis, à partir du ixe siècle, en Palestine. Par le relais de Constantinople, il devait gagner l'Europe centrale et orientale : il y proliféra avec une fortune variable selon les époques, jusqu'aux trop célèbres persécut […]
