Dans la critique des constituants révolutionnaires comme dans la défense du développement des institutions catholiques, l'œuvre de Maistre exprime le projet d'une science sociale qui, en réaction contre les théories du droit naturel apparues au xviie siècle, soit fidèle aux paradoxes radicaux de l'historicité des sociétés humaines et de la vérité dont elles vivent.
À la différence de celle de Bonald, la pensée hautaine et tragique de Joseph de Maistre peut être affrontée à celle de Stendhal, de Vigny, de Baudelaire, plutôt qu'aux nouveaux christianismes de Saint-Simon, de Lamennais ou de Comte. Si ces quatre noms peuvent situer le problème de l'influence de Joseph de Maistre, il n'est pas actuellement possible d'en donner une évaluation, sa place dans l'évolution du catholicisme restant de toute façon au premier plan.
1. Un style de contestation
Né à Chambéry, le comte Joseph de Maistre faisait carrière dans la magistrature de Savoie lorsque la Révolution vint toucher son pays. Au cours d'exils successifs en Suisse, en Sardaigne, à Saint-Pétersbourg enfin, où il représente son prince, Victor-Emmanuel Ier, de 1803 à 1817, il se fait connaître comme critique de la « révolution satanique » (Considérations sur la France, 1796 ; Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, 1814). Il meurt à Turin, alors qu'il devenait l'apologète le plus en vue du catholicisme ultramontain (Du pape, 1819 ; De l'Église gallicane, 1821 ; Soirées de Saint-Pétersbourg, posthume, 1821).
Maistre a donc été révélé à lui-même par la Révolution, dont il a contesté les principes dans son premier travail important, De la souveraineté, resté inédit jusqu'en 1870, mais qui est indispensable pour connaître les articulations d'une pensée que les ouvrages de 1796 et de 1814 ne présentent que d'une façon fragmentaire. De même que, pour le comte de Maistre, les principes de 1789 sont encore à l'œuvre à travers Napoléon et sous la Restauration, la critique de la Révolution reste au centre de tou […]
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