La théorie atomique a présidé dans une large mesure au développement de la chimie tout au long du xixe siècle. Elle fut appliquée pour la première fois de façon précise aux phénomènes chimiques par l'Anglais John Dalton. Ses prédécesseurs avaient accepté implicitement l'atomisticité de la matière, mais Dalton eut l'idée originale de considérer que chaque élément chimique était constitué d'atomes différents en masse des atomes des autres éléments ; une combinaison chimique s'expliquait alors par l'union de ces atomes en proportions fixes ; les masses atomiques relatives devenaient calculables à partir de faits expérimentaux. C'est surtout dans le domaine de la chimie organique que la théorie atomique se révéla d'une portée inestimable, comme le montrèrent les travaux de Liebig, Kekulé, Van't Hoff et Le Bel, qui introduisirent le concept de valence, pouvoir de combinaison de chaque atome. Ils expliquèrent les propriétés des composés en les reliant à la distribution spatiale des atomes. Les déterminations précises des masses atomiques, par Berzelius et Stas notamment, rendirent possible le classement des éléments dans le tableau périodique de Mendeleïev (1869).
1. Les origines de la théorie de Dalton
Dans la tradition de Gassendi, Boyle et Newton, les chimistes du xviiie siècle tenaient pour acquise l'atomisticité de la matière. Ils pensaient que les atomes étaient tous identiques en nature, mais qu'ils pouvaient différer dans leur forme. Les substances composées résultaient d'arrangements différents des atomes. Ils attendaient d'un second Newton la découverte des lois régissant les forces interatomiques qui transformeraient ainsi la chimie de science expérimentale en science déductive. Lavoisier, dans son Traité élémentaire de chimie (1789), mit en garde les chimistes contre des spéculations sur les atomes conduisant à des discussions d'ordre métaphysique, et il les pressa d'accepter comme unités fondamentales, ou éléments, toutes les substances qui ne pouvaient être analysées pl […]
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