À l'origine de la carrière du cinéaste français René Clément, il y a, clairement, un tempérament de bâtisseur, animé par le désir d'acquérir tous les savoirs utiles au plein exercice de ses facultés créatrices. Fils d'architecte, né à Bordeaux en 1913, le jeune René Clément entre aux Beaux-Arts pour suivre la voie de son père. C'est à cette époque qu'il réalise son premier film, le dessin animé César chez les Gaulois. En 1934, il fait la connaissance de Jacques Tati avec qui il tourne un film en deux bobines : Soigne ton gauche. De 1936 à 1944, il réalise une douzaine de documentaires, dont les trois derniers, La Grande Pastorale, Chefs de demain et Ceux du rail, sont éclairés par Henri Alekan. En 1945, les deux hommes se retrouvent pour La Bataille du rail. Né de l'actualité, ce chef-d'œuvre du cinéma de résistance s'impose à ses contemporains par la force de son message et sa rigueur documentaire. On en salue le réalisme, sans voir que certaines de ses plus belles inventions (la „mort“ du train saboté, les derniers instants des cheminots, le lamento des locomotives après leur exécution) procèdent de la pure fiction.
Jean Cocteau est l'un des rares à pressentir le vrai talent de Clément, puisqu'il lui demande, la même année, d'être son conseiller technique pour La Belle et la Bête. Rencontre épisodique mais fructueuse, qui pourrait expliquer la récurrence, chez Clément, de bien des motifs chers au poète-cinéaste : masques, miroirs, labyrinthes, objets hantés et prémonitions.
Le Père tranquille (1946) est tout entier au service de Noël-Noël et illustre au mieux la fiction d'une France viscéralement résistante, triomphant de l'occupant par sa dignité, sa ruse et son courage discret. Plus âpre, Les Maudits (1947) rassemble à bord d'un sous-marin une dizaine de rescapés de la débâcle nazie, en route vers l'Amérique du Sud. Clément fignole un huis clos oppressant, réalise quelques scènes mémorables – la descente du docteur Guilbert (Henri Vidal) dans les entrailles du submersible, la mort de Larg […]
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