Le cinéma indien reste pour beaucoup de gens associé à un nom, celui de Satyajit Ray, l'auteur du Salon de musique (1958), et à un record : 877 films en 2003, qui font de ce pays le plus gros producteur de films au monde. C'est là son double visage. D'un côté, la tradition d'un cinéma d'auteur, d'artistes, associé à un nom (Ray), à une région précise, le Bengale, et à une ville, Calcutta, modèle qui a ensuite favorisé la constitution d'un cinéma régional, surtout au sud de l'Inde. De l'autre, un cinéma musical commercial, chanté et dansé, qui a pour berceau historique une autre ville, Bombay (« Bollywood » est la contraction de Bombay et de Hollywood) et une autre langue, l'hindī. Après avoir connu son âge d'or dans les années 1950, l'actuel cinéma de Bollywood, qui cumule les gros succès au box-office même s'il est minoritaire en volume de production (246 films en 2003), outre ses territoires de diffusion traditionnels (l'Asie du Sud-Est, l'Afrique noire et l'Afrique du Nord, laissant au passage une empreinte durable sur les films musicaux des studios du Caire), connaît désormais un regain d'intérêt en Occident. Le succès récent en France de Devdas (2002) avec la star Aishwarya Rai, a contribué à cette tendance. Ce mouvement de balancier entre les artistes, d'un côté, et le film musical populaire de qualité, de l'autre, n'est pas nouveau : il constitue bel et bien le socle historique de cette cinématographie.
1. Le miroir d'une nation
Lorsque Satyajit Ray se lance en 1952 dans l'aventure de Pather Panchali et tourne en décors naturels avec des acteurs non professionnels, rompant ainsi avec les lois du cinéma commercial (chansons et danses, tournage en studio, star-system), il ignore qu'il creuse irréversiblement l'écart entre un serious cinema (un cinéma dit d'auteur, montré dans les grands festivals internationaux, reconnu par la critique) et un cinéma escapist, ou d'évasion, extrêmement populaire. Si le Bengale a contribué au rayonnement international du cinéma indien, Calc […]
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