5. La nouvelle vague, le cinéma des régions
La création en 1960 de la F.F.C. (Film Finance Corporation) témoigne, de la part du gouvernement, du souci de se doter d'une infrastructure qui permette d'assurer la relève d'un cinéma d'auteur dont Satyajit Ray reste l'emblème. En finançant intégralement le projet d'un jeune cinéaste, le gouvernement jette la première pierre d'un édifice qu'il n'achèvera jamais. En effet, en ne créant aucun système de distribution approprié à ces films, en ne construisant aucun réseau de salles à leur échelle (du type « art et essai »), ces films, trop fragiles pour rivaliser avec le cinéma commercial, restent le plus souvent sans public, sauf dans les régions où la pression du film commercial est plus faible, comme au Bengale et au Kerala, leur survie étant liée aux festivals étrangers. C'est seulement avec l'arrivée de la télévision nationale au début des années 1980, la Doordarshan, que ces films ont enfin trouvé une relative issue auprès des spectateurs.
Cette hypothétique nouvelle vague est née à Bombay, en réaction contre le cinéma hindī dominant. Son chef de file est Shyam Benegal, grand découvreur d'actrices (Shabana Azmi, Smita Patil), et l'homme du juste milieu, entre fresque à grand spectacle et chronique intimiste (Bhumika, 1977). À ses côtés, Mani Kaul et Kumar Shahani, anciens élèves de Ritwik Ghatak, revendiquent le dur prix de leur marginalité et de leur intransigeance. On doit au premier le très beau Duvidha (1973) ainsi que L'Homme au-delà de la surface (1981) et à Kumar Shahani Le Miroir de l'illusion (Maya Darpan, 1972) et Tarang (1982), avec Smita Patil. Dans les faits, le renouvellement du cinéma indien est venu du Sud, du côté du Karnātaka (Bangalore) et du Kerala (Trivandrum). Samskara (Rites funéraires, 1970) de Pattabi Rama Reddy, qui dénonce la religion et les préjugés de caste, est le film phare de cette renaissance. Ce cinéma du Sud, à l'écart de Madras, l'autre pôle du film musical commercial, après Bombay, est un cin […]
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