Bollywood, contraction de Hollywood et de la lettre B de Bombay (Mumbai en Inde), constitue un phénomène récent, le mot ayant été lancé par un journaliste indien il y a une vingtaine d'années, et une réalité ancienne, dont l'existence remonte à la naissance du film populaire indien, qui a pris forme avec le parlant. En Inde, tout film, quel que soit le genre, est aussi un film musical accompagné de chansons et de danses. Le critique de cinéma Chidananda Das Gupta, ami de Satyajit Ray, a qualifié le cinéma de Bombay parlé en langue hindī de « All India Film ». Cette vocation singulière a fait du cinéma de Bombay le vecteur et le garant d'une identité nationale toujours en construction et souvent menacée, notamment à cause des tensions religieuses récentes. Elle a pris une nouvelle dimension avec Bollywood, dernier avatar connu d'un cinéma populaire en constante transformation.
Le phénomène Bollywood coïncide historiquement avec le moment où le Non Resident Indian (N.R.I.) est devenu une réalité à part entière, tout d'abord en constituant un nouveau public pour les films de Bollywood (on en compte 20 millions à travers le monde) et ensuite en devenant un personnage emblématique de ces films. Ce qu'on voit de manière exemplaire dans Dilwale Dulhania Le Jayenge (1995) d'Aditya Chopra, portrait de deux familles d'Indiens vivant à Londres, puis dans Swades (2004) d'Ashutosh Gowariker où un Indien, ingénieur à la N.A.S.A. (Shahrukh Khan), retourne au pays et s'étonne de l'écart (ou du retard) de l'Inde par rapport à l'Occident. L'entrée en scène du Non Resident Indian suscite des interrogations (la tentation de l'Occident, la perte des valeurs et des traditions loin de la terre mère) identiques à celles que se pose la société indienne aujourd'hui, et notamment ses couches sociales favorisées, que Bollywood aime représenter, en oubliant le reste (la misère, la réalité des bidonvilles, le système des castes). Ce que signifie être un Indien aujourd'hui, au regard de l'évolution du mond […]
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