6. Le retour en force de Bollywood
La lente érosion d'un cinéma indépendant régional, toujours enfermé dans les mêmes sujets (système des castes, condition de la femme) et coulé dans un moule esthétique quelque peu figé à destination des festivals, a provoqué indirectement le retour au premier plan du film musical commercial. Pour cela, Bollywood a dû réagir et changer de formule, afin d'endiguer le succès croissant du cinéma américain (l'Inde demeure toujours le plus important marché qui lui résiste), et de contrer l'émergence de la télévision (83 millions de foyers sont équipés d'un téléviseur). Le problème économique représenté par le piratage (essentiellement à travers les copies de DVD) demeure considérable. Actuellement, avec 13 000 salles de cinéma, dont 8 000 dans le sud, 73 multiplexes (en 2004) et 20 millions de spectateurs par jour, le cinéma populaire se porte bien.
Avant de redresser la situation, Bollywood a opéré trois changements. Tout d'abord, il a abandonné le film d'action et d'aventures centré sur un héros masculin, dont la star Amitabh Bachchan était l'emblème, pour se tourner vers des histoires d'adolescents, selon le modèle américain (Flashdance, ou encore les films avec John Travolta), afin de séduire la jeunesse indienne. Ce basculement a eu pour conséquence de remettre les rôles féminins au premier plan, permettant l'éclosion de nouvelles stars comme Madhuri Dixit, Preity Zinta et Aishwarya Rai. Ensuite, sous l'influence du clip, les scènes musicales, chantées et dansées, sont devenues plus sophistiquées et originales. Enfin, Bollywood s'est mis à l'écoute des problèmes de la société indienne, notamment les conflits religieux entre hindous et musulmans. Mani Ratnam, originaire de Madras, est le meilleur représentant de cette nouvelle tendance, en particulier avec Bombay (1995), qui conte l'amour interdit du fils d'un hindou orthodoxe pour la fille d'un fondamentaliste musulman, et avec Dilse (1998) où un journaliste radio (la star Shahrukh Khan […]
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