2. Les pionniers, le film mythologique
Deux dates marquent la naissance du cinéma indien. Le 7 juillet 1896, des films des frères Lumière sont montrés à l'hôtel Watson, à Bombay, et le 3 mai 1913 est projeté, à Bombay également, le premier film indien de fiction, Raja Harischandra. C'est en voyant, en 1910, au cinéma, une vie du Christ que Dadasaheb Phalke décide de transposer à l'écran divers épisodes des deux grands récits épiques que sont le Rāmāyaṇa et le Mahābhārata. Si l'œuvre des frères Lumière est la première à être venue en Inde, c'est celle de Méliès qui, avec ses récits merveilleux et ses truquages, va être son inspiratrice pour longtemps. Lorsque Phalke tourne son film en 1912, aucun comédien de théâtre n'accepte de servir le cinéma, et il lui faut se contenter d'acteurs de troisième ordre ou d'amateurs. De plus, à cette époque, et jusqu'au début des années 1920, les rôles féminins sont tenus par des hommes, le métier d'actrice étant assimilé à de la prostitution. En 1918, Phalke réalise dans son propre studio La Naissance de Krishna, célèbre pour ses effets spéciaux. C'est en 1921, avec Sant Tukaram, qui retrace la vie d'un saint, que Phalke réalise le premier film religieux, inaugurant, parallèlement au film mythologique, un genre à part entière, le devotional film. En 1919, le premier film de fiction de l'Inde du Sud (studios de Madras), Keechaka Vadham, est également inspiré d'un épisode du Mahābhārata, centré sur les destructions commises par le démon Keechaka. En Inde, le divin pénètre tous les actes quotidiens, et on entre en contact avec lui non par la pensée, mais à travers ses manifestations, son circuit infini de représentations (peinture, sculpture), ses avatars, dont le cinéma très tôt a fait partie. Il fallait en effet que ce rapport au divin soit au préalable trivial pour qu'il puisse s'incarner à une aussi grande échelle par l'intermédiaire du cinéma. Si le cinéma hindī de Bombay a délaissé progressivement le film mythologique et religieux, Madras ( […]
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