4. L'âge d'or des années 1950
Alors que le système des studios s'est effondré tardivement au Japon (au seuil des années 1960 avec l'avènement de la télévision), l'Inde a la particularité d'avoir vu ce système péricliter très tôt sans que soit entamée la vitalité de la production et de la fréquentation. Himansu Rai, fondateur de la Bombay Talkies, meurt en 1940 et son studio ferme ses portes en 1952. L'année suivante, la Prabhat cesse toute activité de production, tandis que la New Theatres entame son déclin avec la disparition du prince Barua en 1951, époque à partir de laquelle les cinéastes bengalī partent s'installer à Bombay. Cette disparition prématurée des studios s'explique par l'arrivée de nouveaux producteurs à la fin des années 1940. Alléchés par l'argent facile, ils proposent des cachets énormes aux stars qu'ils engagent au film par film, rompant avec la tradition des studios qui accueillaient des salariés sous contrat. Cette politique des cachets est à l'origine de l'aberrante situation actuelle : une star indienne peut être engagée sur trente films à la fois, tournant le matin dans l'un et l'après-midi dans un autre. Ces nouveaux producteurs, ignorants du cinéma, ont pour souci premier de blanchir de l'argent. Cette pratique courante s'appelle black money, et elle témoigne à sa manière du faible pouvoir de contrôle du gouvernement sur l'économie du cinéma.
Cette explosion du système, dont on mesurera les ravages esthétiques à partir des années 1960 (bâclage technique, imitation paresseuse des films à succès), a permis l'éclosion dans le cinéma hindī d'individualités sachant concilier l'art (acteurs, réalisateurs) et l'industrie (producteurs, fondateurs de studios). On peut parler, à propos du Bombay des années 1950, d'un véritable âge d'or du cinéma hindī. Khwaja Ahmad Abbas, avec Les Enfants de la terre (1946), premier film indien montré à Moscou, ouvre la voie vers un cinéma davantage ancré dans la réalité sociale. Fondateur de l'I.P.T.A. (Association théâtrale du peuple indien), membre d […]
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