Smoking blanc, œillet à la boutonnière et verre de whisky à la main, dans le cabaret de Casablanca (1942), il égrène des souvenirs douloureux : le film, un des plus populaires au monde, a fait de Humphrey Bogart l'incarnation du romanesque hollywoodien dans ce qu'il a de meilleur. Borsalino sur l'œil, trench-coat serré, Bogart se passe dubitativement le pouce sur la lèvre. Un genre (le film noir), une époque (les années 1940) pourraient se réduire à cette icône.
Fils d'un médecin new-yorkais en vue, Humphrey Bogart naquit dans un milieu aisé le 23 janvier 1899 à New York. Étudiant indiscipliné, puis militaire sans éclat, après la guerre (qui lui valut une blessure qui laissa sa lèvre supérieure inerte, engendrant un sourire-rictus et un geste caressant du pouce qui resteront à jamais liés à sa « persona » cinématographique), il se retrouva, fortuitement, dans le métier du théâtre : d'abord comme garçon de bureau, puis comme régisseur et enfin comme acteur, par nécessité financière, en 1922. Tout en jouant les jeunes premiers dans plusieurs pièces de théâtre, il arrondissait ses fins de mois en travaillant dans les studios de cinéma de la capitale, dès 1930.
1. Un aventurier sentimental
Profitant du passage au cinéma parlant qui valut à plusieurs acteurs de théâtre, familiers de la diction, d'être engagés à Hollywood, Humphrey Bogart part pour la Californie où la Fox lui fait tourner cinq films (dont un avec John Ford). Le fils de grand bourgeois est déjà le mauvais garçon patibulaire, à la démarche nerveuse et au débit de mitraillette, mais il n'impressionne guère et revient à Broadway. En 1934, c'est encore un rôle de truand qui lui échoit dans la pièce de Robert Sherwood, La Forêt pétrifiée où il occupe la scène longtemps et de manière électrisante. La pièce remporte un immense succès. La Warner Bros. en achète les droits d'adaptation et demande à Leslie Howard, créateur du rôle principal, de le reprendre dans la version filmée (The Petrified Forest, Archie Mayo, 1936). […]
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