Elle fut surnommée « The Look », « Le Regard ». Mais son timbre de voix grave, profond, d'intensité très basse, la caractérisait également, comme sa silhouette élancée, élégante, aux postures langoureuses et provocantes. Au même titre que Katharine Hepburn, de quatre ans son aînée, elle incarne une certaine modernité féminine qui apparaît dans les années 1940. Ou plutôt une image de la femme moderne qui va modeler l'imaginaire d'une nouvelle génération de spectateurs aussi bien féminins que masculins.
1. L'émancipation de la femme au cinéma
Betty Joan Perske, son vrai nom, naît à New York le 16 septembre 1924. Elle est issue d'une modeste famille juive originaire de Pologne et de Roumanie. Le père est représentant, la mère secrétaire. La situation familiale devient encore plus difficile après leur divorce, en 1929. Mais un oncle favorise les études de la fillette. Assez bonne élève au lycée, Betty Bacal – sa mère a repris une partie de son nom de jeune fille (Weinstein-Bacal) – suit également des cours d'art dramatique le samedi. Il n'est pas indifférent qu'adolescente, aspirant au métier d'actrice, elle admire Bette Davis et Katharine Hepburn. Dès cette époque, que ce soit dans L'Emprise (Of Human Bondage, 1934) de John Cromwell, qui la lança dans un typique emploi de garce, et surtout dans L'Intruse (Dangerous, 1935) de A. E. Green, où son personnage d'actrice alcoolique lui vaut un oscar, Bette Davis est plus qu'un « tempérament ». Dès 1932, Katharine Hepburn s'était imposée face à un monstre sacré, lui-même venu du théâtre, John Barrymore dans L'Héritage (A Bill of Divorcement) de George Cukor. Le personnage qu'incarne Katharine Hepburn, à la fois indépendant, moderne, volontaire et à la silhouette androgyne, influence la jeune Betty. Pourtant, à l'impétuosité naturelle d'Hepburn, à la rapidité de son phrasé, à sa voix métallique et parfois nasillarde, Lauren Bacall opposera une nonchalance calculée et une parole volontairement parcimonieuse, au timbre plus rocailleux. Leur […]
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