
Artiste qui est à coup sûr l'un des principaux protagonistes du renouveau général de la peinture de paysage qui marque en France la seconde moitié du xviiie siècle. Hubert Robert se forma au cours d'un long séjour en Italie (1754-1765). L'intérêt pour la peinture de Claude Lorrain, qui se manifestait déjà chez un Joseph Vernet et qu'encourageait volontiers Natoire, (directeur de l'Académie de France à Rome), l'influence de Pannini, alors très en vogue et lié avec le milieu de l'Académie de France, purent décider de sa vocation. Sa production, qui combine les études d'après nature et les paysages de caprice, offre alors bien des possibilités de confusion avec celle de Fragonard, dont Robert était l'ami ; les Cascatelles de Tivoli (Louvre) ont ainsi été rendues à Fragonard après avoir longtemps passé pour un Hubert Robert.
Hubert Robert, sa manière une fois trouvée, évoluera peu : ses tableaux, vues de paysages, de villes ou de monuments isolés, de ruines réelles ou imaginaires, gardent toujours un air de fantaisie poétique, une vivacité de touche, un certain caractère vaporeux de l'atmosphère, même quand ils ont un sujet bien défini. Ainsi la série de petites vues conservées au musée Carnavalet, et qui nous font le témoin de quelques-unes des transformations de Paris dans les dernières années du règne de Louis XVI, sont beaucoup plus que des documents ; l'imagination du peintre ne nous restitue les sites et les événements, par exemple l'incendie de l'Opéra au Palais-Royal ou encore la série des monuments parisiens « imaginés en ruines » qu'après les avoir mués en une sorte de féérie aimable et presque détachée de la réalité, en dépit de l'exactitude topographique. Les quatre grandes vues de monuments de Provence, commande royale de 1787, aujourd'hui conservées au Louvre, sont traitées dans le même esprit. On conçoit aisément en les regardant le rapport qui a pu exister entre Robert et Piranèse, car il est certain qu'ils se sont connus. Mais la fascination exercée par la grandeur des ruines antiques porte l'un vers des représentations angoissantes, tandis que l'autre reste dans le registre d'une rêverie voluptueuse.
Heureux dans sa vie comme dans son œuvre, Robert traversa les années de la Révolution sans autre encombre que, pendant la Terreur, quelques mois d'incarcération à Sainte-Pélagie. Comme en Fragonard ou Guardi, on peut voir en lui un annonciateur du romantisme, d'un romantisme à la Musset chez qui les grâces du xviiie siècle gardent une saveur de plaisir nostalgique.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



