Presque tous les écrivains du xviie siècle ont dessiné, enrichi ou reproduit le portrait idéal de l'honnête homme. Socialement, ce dernier ne se conçoit guère sans une aisance propre à le libérer des travaux « mécaniques ». Méré le verrait aussi bien vivre dans une cabane qu'à la cour : hypothèse hyperbolique qui marque le moment où le type a pris valeur absolue, mais qui ne correspond à aucune réalité admise. L'honnêteté condense les aspirations d'une société polie, solidement tenue par le pouvoir royal, où le courtisan se dépouille de toute ambition politique comme de toute rudesse militaire, où le bourgeois affiné se satisfait d'égaler sur le plan mondain l'aristocrate. Moraliser le courtisan, policer le sage indépendant : deux buts principaux du premier grand traité de L'Honnête Homme, par Faret (1630). « Homme poli et qui sait vivre » (Bussy), l'honnête homme a de plus en plus pour loi « d'exceller en tout ce qui regarde les agréments et les bienséances de la vie » (Méré), bref de plaire. Avant tout ne heurter personne, ni par un égoïsme découvert, ni par l'étalage de connaissances particulières : ne se piquer de rien (La Rochefoucauld), ne pas […]
