2. L'expérience herméneutique et ses présupposés
Dans la partie centrale de Vérité et Méthode, Gadamer applique le concept ontologique de vérité à l'ensemble des sciences de l'esprit. Il emboîte le pas de Heidegger, en faisant du « comprendre » un mode d'être, au lieu de n'y voir qu'un mode du connaître. Cette orientation ontologique se reflète dans plusieurs termes techniques : « appartenance de l'interprète à son objet », « structure projective du comprendre », travail d'appropriation », « historicité du comprendre », « précompréhension », « fusion des horizons », « fécondité herméneutique de la distance temporelle ».
La méfiance rationaliste envers les préjugés est elle-même le fruit d'un préjugé, suggérant que toute présomption de vérité est une source d'erreur. Ce préjugé fondamental des Lumières rend impossible toute reconnaissance de la fonction positive des concepts d'autorité et de tradition.
L'histoire ne nous appartient pas ; c'est nous qui lui appartenons, parce que les préjugés de l'individu, bien plus que ses jugements, constituent la réalité historique de son être. Tout comme Hannah Arendt, Gadamer refuse de confondre la reconnaissance libre d'une autorité avec l'obéissance aveugle. Si la tradition et l'autorité constituent des sources potentielles de vérité, l'opposition entre autonomie abstraite et hétéronomie opaque doit être remise en question.
L'acte de comprendre nous implique dans le procès de la transmission où se médiatisent constamment le passé et le présent. L'herméneutique occupe l'espace intermédiaire entre la distanciation que crée la connaissance historique et l'appartenance à une tradition. Le temps n'est pas pour elle un abîme qui sépare et éloigne ; il est, au contraire, le fondement où le présent plonge ses racines. La fécondité herméneutique de la distance temporelle ne signifie pas seulement que le temps est plus une chance qu'une menace pour celui qui veut comprendre ; elle nous avertit que nous sommes affectés par le passé, bien au-delà de ce […]
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