Seul État africain de langue espagnole, la Guinée équatoriale a longtemps été un pays fermé. Héritier d'une situation coloniale où le paternalisme franquiste s'était ingénié à isoler ce pays devenu la chasse gardée de l'Église catholique et des milieux d'affaires métropolitains espagnol, le régime dictatorial qui a gouverné la République de 1969 à 1979 a atteint les limites de la pathologie politique et transformé une société naguère prospère en une population de victimes et de réfugiés. Le coup d'État de 1979, mené par des proches de l'ancien dictateur, n'a rétabli la démocratie que de manière purement formelle. Dans cette logique, il n'est guère étonnant que la récente manne pétrolière ne profite qu'aux proches du régime et ne contribue en rien à l'amélioration des conditions de vie des populations.
1. Une situation géopolitique singulière
La Guinée équatoriale (l'ancienne Guinée espagnole) est un pur accident de l'histoire coloniale et son caractère artificiel est patent si l'on considère que cette République de 28 051 kilomètres carrés est constituée, jusqu'en 1980, de deux provinces séparées par plusieurs centaines de kilomètres d'océan. On distingue tout d'abord une province insulaire de 2 034 kilomètres carrés, Bioko (ex-Fernando Póo, un temps rebaptisée Macías Nguema Biyogo), formée par l'île homonyme (2 017 km2) à laquelle est administrativement rattaché le très lointain îlot d'Annobón (Pagalu au temps du dictateur). Celui-ci occupe 17 kilomètres carrés au bout de l'arc volcanique qui commence au mont Cameroun et se poursuit par Bioko et les îles indépendantes de São Tomé et Príncipe.
Annobón est la seule terre africaine où l'on parle officiellement espagnol au sud de l'équateur. Sur cet archipel distendu, l'Espagne a greffé la province essentiellement continentale du Río Muni dont la superficie est fixée à 26 017,5 kilomètres carrés, soit un quadrilatère de jungle enclavé entre le Cameroun et le Gabon. Cette partie continentale de la province du Río Muni est complétée par trois prol […]
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