5. Une indépendance cauchemardesque
Entre alors en scène le « grand messie... leader d'acier... grand inquisiteur du colonialisme... le seul miracle que la Guinée équatoriale ait produit », alias Francisco Macías Nguema. Jusqu'à l'indépendance, la présidence du Conseil à Madrid et singulièrement l'amiral Carrero Blanco manipulaient et achetaient tous ceux qui en Guinée passaient pour des leaders. Cette perpétuation de la tutelle de Madrid dans cette couveuse politique irritait nombre de Fang du Río Muni qui, aux élections de 1968, donnèrent leurs voix au plus extrémiste des leurs, un fonctionnaire falot vouant aux Espagnols une haine inexpiable, fondée sur un complexe d'infériorité vis-à-vis de tout ce qui pouvait passer pour de l'intellectualisme.
Macías Nguema hérite d'une situation économique et socioculturelle où le ton est donné par les intérêts espagnols et où les Fang s'estiment brimés par une Constitution accordant de trop larges pouvoirs à l'île-jardin de Fernando Póo. Ils sont majoritaires mais se sentent étrangers dans ce costume trop étriqué. Pour le retailler à leur goût, ils peuvent compter sur leur nouveau président que le pouvoir grise au point qu'il commence, en bon élève des méthodes franquistes, par faire emprisonner une partie de ses adversaires politiques. Puis intervient en février-mars 1969 une tentative de coup d'État montée par le ministre des Affaires étrangères, Atanasio Ndong, leader nationaliste d'une autre envergure que Macías Nguema, mais jugé trop pro-espagnol. L'affaire avorte. Elle entraîne le départ massif des Espagnols, ce qui décapite l'économie et l'essentiel des services. Le président en profite pour faire exécuter ses principaux opposants, réels ou imaginaires. Paranoïaque, il vit dans la menace du complot permanent. Pour remplacer les Espagnols, il fait appel à des techniciens de pays socialistes (Cuba, Chine, U.R.S.S., Corée du Nord, etc.). En 1970, tous les partis sont regroupés en un seul, obligatoire. En 1973, une nouvelle Co […]
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