3. Une population maltraitée
Pour quatre raisons, la population a longtemps peu augmenté : l'expulsion des Européens (plus de 7 000 en 1960) et le départ de plusieurs dizaines de milliers de Nigérians et de Camerounais ; le massacre d'un nombre inconnu d'Équato-Guinéens, mais qui ne peut être inférieur à plusieurs milliers ; une surmortalité due à l'effondrement des services sanitaires et à la famine ; et, surtout, le départ en exil de plus de 100 000 Équato-Guinéens (au Gabon et au Cameroun, mais aussi en Espagne). On ne doit donc pas s'étonner que la population ait été estimée en 1983 à 300 000 âmes, alors que le dernier recensement sérieux (1965) donnait déjà une population de 246 941 habitants (population de droit, sans les travailleurs migrants), soit 43 753 à Bioko (alors Fernando Póo), dont 2 015 à Annobón, et 200 106 au Río Muni, plus les travailleurs. Le retour en 1979 de la paix civile, si imparfaite soit-elle, a permis un renouveau démographique : la population globale est estimée, au début du xxie siècle, à 515 000 habitants, dont 260 000 à Bioko, 5 000 à Annobón et 250 000 dans le Rio Muni. Pour autant, les conditions de vie sont difficiles et précaires : en 2005, l'espérance de vie ne s'élevait qu'à 43 ans, la mortalité infantile restait forte à 98 p. 1000 ; en 2003, 43 p. 100 seulement de la population bénéficiait de l'eau potable et, sur la période 1996-2003, le taux de scolarisation n'était que de 61 p. 100.
La population est essentiellement fang (pamue en espagnol). Ce sont des Bantous réapparus au Río Muni au xixe siècle. Linguistiquement, on distingue les Fang Ntumu, au nord du río Mbini, et les Fang Okak, au sud. Ils sont divisés en clans qui se combattirent fort longtemps et dont l'un, le clan des Esangui, monopolisa le pouvoir sous Macías et reste prédominant sous son successeur. Les Fang constituent probablement de 80 à 90 p. 100 de la population du Río Muni. Ce sont des chasseurs et des cultivateurs qui, bien que théoriquement catholiques, rest […]
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