Lessing, premier grand critique littéraire et fondateur de la critique théâtrale en Allemagne, fut le « libérateur » de la scène allemande à laquelle il a donné quelques pièces demeurées classiques. Au temps de Diderot et de Voltaire, il se révéla comme la meilleure plume de son pays au service de la philosophie des Lumières. Historien des arts, des religions, polémiste et quelquefois théologien, il a été un représentant éminent de l'Europe des Lumières, bourgeoise et cosmopolite.
1. Pour un théâtre allemand
La famille Lessing était établie à Kamenz, en Lusace (Saxe) : c'est là que naquit Gotthold Ephraim Lessing. Son père, pasteur luthérien, lui fit donner une excellente formation grecque, latine et française avant de l'envoyer étudier la théologie à Leipzig. Un an plus tard, après un violent conflit avec lui, Lessing abandonnait les études de théologie, passait pour peu de mois à la médecine et, finalement, décidait de se consacrer au théâtre. Un des premiers en Allemagne, il allait tenter de vivre de sa plume. Jusque-là, les poètes avaient toujours plus ou moins dépendu de la faveur des princes ; Lessing, sa vie durant, vécut des revues auxquelles il collabora et de ses pièces : en fin de compte, de la faveur du public. Le premier en Allemagne, il s'est appuyé sur la bourgeoisie des villes, sur un public de femmes et d'hommes « éclairés » qu'il appelait à fonder et soutenir une culture allemande moderne, rationaliste, en même temps fidèle aux traditions nationales et ouverte à l'Europe. Il a vivement combattu le théâtre classique français, mais il était proche de Diderot et son action a souvent ressemblé à celle des Encyclopédistes.
Ses premières pièces de théâtre, intitulées Le Libre Penseur (Der Freigeist) et Les Juifs (Die Juden), sont oubliées mais montrent une verve qui lui avait valu à Leipzig, dès ses jeunes années, le renom d'être un Molière allemand. Leurs sujets ne manquaient pas de hardiesse, en particulier quand il raille les préjugés et l'hostilité systématique env […]
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