2. Une religion rénovée
Deux ans avant sa mort, Lessing donnait là le dernier mot de sa philosophie morale et religieuse ; trente ans durant, il s'était passionné pour l'histoire des religions et avait polémiqué contre nombre de théologiens. S'il avait refusé de se faire pasteur, c'est parce qu'il avait tôt perdu la foi dans l'orthodoxie luthérienne ; il était à la recherche d'une foi fondée en raison, d'une révélation qui pût soutenir l'examen critique de l'historien. Dès ses premiers opuscules sur Le Christianisme de la raison (Das Christentum der Vernunft, 1753), ou bien Sur les frères de Herrnhut (Über die Herrnhuter, 1755), se manifestent deux convictions pour lui cardinales : Dieu échappe à toute théologie, mais la polémique peut servir, dans le combat des opinions, à faire apparaître quelques fragments de vérité ; ensuite, et peut-être surtout, ce sont les œuvres qui comptent : plus que les disputes sur le dogme, c'est la pratique du bien qui fera le bon chrétien.
La philosophie religieuse de Lessing devait beaucoup à Spinoza, comme il apparaît dans le traité Sur la réalité des choses en dehors de Dieu (Über die Wirklichkeit der Dinge ausser Gott), et comme il le déclare à Jacobi peu avant de mourir. S'appuyant sur les ouvrages d'exégèse de H. S. Reimarus, qu'il avait connu à Hambourg, il a mené à partir de 1770, depuis Wolfenbüttel où il était bibliothécaire, une série de publications et de polémiques, en particulier contre le pasteur Goeze.
Sa propre philosophie des religions se trouve exprimée, après les Dialogues maçonniques (Gespräche für Freimaurer), dans L'Éducation du genre humain (Die Erziehung des Menschengeschlechts, 1780). Ce fut le dernier de ses ouvrages, auquel il a donné la forme très concise d'une suite de propositions, comme dans une profession de foi ; elle se termine toutefois par une interrogation. Il y considère la marche de l'humanité, de révélation en révélation, depuis le polythéisme des premiers temps. Après le monothéisme mosaïque, la religion du Christ a ouvert un second état moral de l'humanité ; demain pourra apparaître le début d'un troisième âge, celui où les hommes, devenus pleinement conscients de ce qu'ils peuvent, feraient le bien pour lui-même.
Lessing était trop rationaliste pour oser prophétiser ; mais l'élargissement qu'il a su donner à la philosophie des Lumières, reçue d'Angleterre et de France, annonce les grands idéalistes de l'Allemagne classique.
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