2. Champs et phénomènes méconnus de l'espace littéraire
Avec Mimologiques (1976), Genette introduit un premier grand tournant dans son travail critique : sans abandonner la poétique, il se confronte aux « jeux », aux territoires inconnus et aux aspects transcendants de l'espace littéraire. Ainsi, dans Mimologiques – sous-titré « Voyage en Cratylie » – Genette reprend l'interrogation platonicienne sur le statut ontologique du langage, explorant, à sa manière, la délicate liaison des mots et des choses. Les mots peuvent-ils être considérés comme l'image des choses ? Si le mot « chien » ne mord pas, et si le mot « rose » n'a ni odeur ni couleur, il reste que d'autres mots – le mot « effroi » par exemple – peuvent évoquer ou même provoquer les sentiments qu'ils désignent. Ne s'agit-il pas d'un processus central dans l'écriture littéraire et dans le plaisir du texte ? Introduction à l'architexte (1979) montre que l'objet de la poétique n'est pas le texte mais l'architexte, c'est à dire l'ensemble des catégories générales ou transcendantes (types de discours, modes d'énonciation, genres littéraires) dont relève chaque texte singulier. Genette remet en cause la tradition générique occidentale et son système unifié qui depuis l'antiquité cherche à recouvrir l'ensemble du champ littéraire. Chemin faisant, Genette déconstruit la triade générique indûment attribuée à Aristote (lyrique, épique, dramatique) pour ouvrir la voie d'une éventuelle théorie générale des formes littéraires. Palimpsestes (la littérature au second degré) (1982) cherche à fonder en théorie les différentes formes de la relation par laquelle l'œuvre littéraire peut se construire en se référant à d'autres œuvres, en les imitant comme dans le pastiche ou en les transformant comme dans la parodie. Ces deux formes, la parodie et le pastiche, n'étant que les manifestations les plus visibles et les plus mineures du phénomène d'hypertextualité : la littérature est toujours, au « second degré », la genèse d'un texte qui s' […]
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