Étudiant en lettres classiques à Cambridge, détourné vers la philosophie par son ami Bertrand Russell, George Edward Moore se consacra principalement à son enseignement qui, à Cambridge d'abord, puis pendant la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis, fit de lui l'une des personnalités les plus attachantes de la philosophie anglaise de ce siècle. G. J. Warnock campe ainsi sa légende : « Son œuvre est dans son essence si simple, si directe, si entièrement candide et dépourvue de préjugés qu'elle semble à peine philosophique. » Moore avoue d'ailleurs que ni le monde ni les sciences ne lui ont posé de problèmes philosophiques, mais bien les étranges paroles et écrits des philosophes ; par réaction, il se fera le défenseur du sens commun.
Cofondateur, avec Russell, du mouvement analytique en philosophie, il exerça au bénéfice de ses contemporains une influence libératrice et vivifiante à l'égard de l'obscurantisme néo-hégélien comme de la respectabilité victorienne, et joua un rôle d'initiateur en inaugurant le renouveau du réalisme en Angleterre et en fournissant à l'analyse philosophique les fondements qui lui permirent de prendre son essor. Plutôt qu'un grand constructeur de systèmes, il fut un grand critique et « le plus aigu, le plus habile questionneur de la philosophie moderne ». Proche en cela, comme sur tant d'autres points, de Meinong, il aura posé toutes les questions auxquelles s'efforcera de répondre la première moitié du xxe siècle.
1. La critique du psychologisme, de l'idéalisme et du naturalisme éthique
Le plus important des articles de jeunesse de Moore, « The Nature of judgment » (Mind, 1899), est consacré à la critique des Principles of Logic de Francis Herbert Bradley, et, par-delà, du psychologisme. Nos jugements ne portent pas sur « nos idées », mais sur ce à quoi nos idées se réfèrent, c'est-à-dire ce que Moore appelle un « concept ». Ce dernier n'est ni un fait mental ni une partie d'un fait mental ; proche de la « forme » platonicienne, il ne varie pas […]
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