2. La défense du sens commun et de la langue commune
Bien avant la parution de A Defence of Common Sense, en 1925, Moore semblait s'être assigné pour tâche d'exercer le jugement philosophique au nom d'un sens commun qui n'est ni préjugé, ni croyance populaire, ni opinion du plus grand nombre, mais vérité immédiatement évidente, contre le scepticisme des traditions idéalistes et empiristes. Russell écrit dans My Mental Development : « Est réel tout ce que le sens commun non influencé par la philosophie ou la théologie suppose être réel. » On reconnaît les propositions du sens commun à ce qu'on ne saurait ni les critiquer, ni non plus les prouver, par d'autres propositions qui soient plus ou aussi évidentes qu'elles. Cette défense du sens commun est aussi une défense du réalisme et de la science : on peut arriver à savoir, objectivement, quelque chose du monde. L'interprétation de Norman Malcolm, qui fait de la défense du sens commun la simple défense de la langue ordinaire (Moore se bornerait à montrer que certaines phrases de la langue ordinaire, par exemple « Ceci est un chat », ont un usage et une application corrects), a été très controversée : elle fut tantôt approuvée, tantôt refusée par Moore lui-même. Il semble en fait que Moore défende toujours la vérité de certaines propositions communes et non les propriétés du langage dans lequel elles sont exprimées. Les propositions du sens commun n'ont pas besoin de justification mais d'analyse. Il ne s'agit pas de leur vérité ; il s'agit de savoir comment les analyser correctement. Mais les concepts philosophiques aussi ont besoin d'une clarification analytique qui ne se limite pas à la sphère linguistique. L'analyse est toujours celle d'une idée, d'un concept, d'une proposition.
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