3. Amitiés et influences
Russell et Moore ont été liés d'une longue amitié. Si Moore doit à Russell d'être devenu philosophe, Russell doit à Moore d'avoir été arraché à l'« ensorcellement » de la philosophie moniste idéaliste des dernières années du xixe siècle. Il lui doit aussi les concepts et les doctrines philosophiques qui étayèrent son analyse logique ; dans la préface aux Principles of Mathematics, il reconnaît un triple emprunt : le pluralisme des choses existantes et des entités, la nature non existentielle des propositions, l'indépendance des propositions par rapport à la connaissance que nous en avons. La théorie du jugement a aussi influé sur la théorie de la dénotation de Russell. Si l'on excepte l'article critique de Moore sur « La Théorie des descriptions » de Russell publié dans The Philosophy of B. Russell, là s'arrête la collaboration de Russell et de Moore. Ce dernier n'est pas un logicien et n'a ni l'ambition de rationalité systématique du premier ni sa nostalgie d'un langage idéal.
Wittgenstein fut l'élève de Moore en 1912. Il partage son attitude face au paradoxe philosophique et cherche à savoir pourquoi le paradoxe le plus criant caractérise l'argumentation philosophique ; Moore se contentait de s'étonner, Wittgenstein en fera une symptomatologie spécifique. Tous deux assignent encore une même tâche de clarification à la philosophie : « Lutter contre l'ensorcellement de notre intelligence par le langage. » Et, si le Tractatus exprime une mentalité russellienne, logico-mathématique et réductionniste, le Wittgenstein des Investigations, qui abandonne les schèmes logiques et les limitations ontologiques, semblera plus proche de Moore.
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