Noble champenois. Maréchal de Champagne, chargé de négocier avec les Vénitiens les conditions d'une aide navale à la quatrième Croisade, Villehardouin fut l'un des chefs de celle-ci ; la croisade devait aboutir à la prise de Constantinople par les chrétiens d'Occident (1204) et à la fondation de l'Empire latin d'Orient. Il reçut, en récompense de ses services, divers fiefs en Thessalie, en particulier celui de Messinople, où il vécut. Il fut nommé maréchal de Romanie.
Son Histoire de la conquête de Constantinople, rédigée peu après les événements (vers 1207), est avant tout la justification personnelle d'un homme qui, dans la conduite et le détournement de la croisade, avait eu part aux décisions les plus graves. Mais il y fait précisément œuvre d'historien parce qu'il cherche à discerner la part de responsabilité de chacun, des croisés comme des Vénitiens, et que cela le conduit à analyser autant qu'à raconter. Ce plaidoyer très élaboré, qui n'a pas la verdeur du modeste récit de Robert de Clari, est cependant la relation très scrupuleuse d'un chevalier intègre et l'œuvre intelligente d'un historien qui s'élève au-dessus de la simple chronique. Villehardouin est l'un des premiers historiens étrangers au milieu clérical, et qui au surplus ait choisi d'écrire en français. Il est aussi l'un des premiers à avoir fait autre chose qu'ajouter quelques notations personnelles à une compilation.
Jean FAVIER
Retour en haut



