En préférant la création musicale à la fabrication industrielle de hits, Frank Zappa offre, mieux que d'autres qui connurent un succès plus considérable, une image fidèle de la contre-culture des années 1960 et de ses étranges cheminements. Frank Zappa est né en 1940 à Baltimore. Ses origines franco-siciliennes et gréco-arabes le prédisposent à occuper une place inconfortable dans l'Amérique conservatrice qu'il tournera en dérision et dénoncera avec violence. Son amour de la provocation et du gag subversif comme manifestations d'une rébellion politique d'un genre nouveau se pressent dès son enfance, quand il met le feu à son école ou ridiculise son père employé dans une usine d'armement. Il vit d'expédients, mais c'est la musique qui le passionne — la batterie avant même la guitare — et tout change pour lui lorsqu'il découvre Varèse, Stravinski et Webern, ce qui l'engage plus fortement encore à fonder plusieurs combos successifs, auxquels il donne des noms bizarres. C'est avec les Mothers of Invention et l'album Freak out en 1966 — que suivront Absolutely Free, We're only in It for Money, Uncle Meat, Hot Rats — qu'il pénètre en force sur la scène musicale particulièrement effervescente à ce moment-là. Le style et le propos y créent une forme inédite de grotesque musical. Les concerts, proches du happening, au cours desquels, dans un chaos très savant, des armées de poupées se font massacrer, ou encore de fausses girafes éjaculent du faux sperme sur le vrai public ; le poster montrant Zappa à cheval sur une cuvette de W.C. : tout affiche une parenté éthique et esthétique avec Dada et les surréalistes, leur goût du collage et de l'insolence absurde et drôle. Zappa s'en prend autant aux puritains qu'à l'affairisme des gentils Beatles, aux Californiens bronzés (les Beach Boys) qu'au conformisme fleuri des hippies. Si la parodie est son genre de prédilection, sa musique nourrit des ambitions plus hautes : en explorant à la fois le jazz, la musique contemporaine et la pop, Zappa a refusé de faire d […]
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