
John Lennon dit un jour que les Beatles étaient devenus aussi célèbres que Jésus-Christ. Il n'exagérait guère, et l'on n'épuise pas les significations qui se sont attachées au nom du groupe musical le plus emblématique de son époque et le plus célèbre de la musique populaire.
Le quartet eut dix années de vie, de 1960, où il prend officiellement le nom de Beatles, au 10 avril 1970, où Paul McCartney annonce son départ à la stupéfaction générale. Au moment de la dissolution, le plus âgé des quatre musiciens – Ringo Starr, le batteur – a trente ans, et le plus jeune – George Harrison, le guitariste – vingt-sept. Symboles historiques des années 1960 dans le monde occidental, ils furent parmi les artisans et les acteurs les plus visibles des modes, des passions et des utopies de ces années créatrices. Cheveux longs, minijupes, sexe et drogues, révolte adolescente, rock'n'roll, insolence d'une jeunesse qui n'avait pas vécu la guerre : tout a traversé les Beatles et ils ont tout traversé.
Ont-ils eu des idées ? Ont-ils été des guides pour leurs contemporains ? Étaient-ils des génies ou des libérateurs ? Non. Mais un mythe s'est forgé autour de la singularité de leur rencontre, de leurs talents vocaux et instrumentaux complémentaires, de l'image médiatique d'un juste équilibre entre leurs personnalités respectives et leur allure de jeunes gens sympathiques, drôles et à la vitalité débordante. Image qu'ont nourrie au fil du temps les films qui les ont présentés comme des adolescents farfelus, leur rencontre avec le Maharishi Mahesh Yogi, les allusions faussement obscures aux acides, le psychédélisme des paroles, des musiques ou de certaines pochettes d'album, les prêches sur l'amour universel... Les deux chefs, Lennon et McCartney, qui sont auteurs-compositeurs, chanteurs et musiciens, ont toujours affirmé que seuls ils auraient sans doute été de bons musiciens, mais que le succès des Beatles avait dépassé leurs talents individuels par la magie heureuse d'un concours de circonstances.
1. Errances croisées
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