L'ensemble des courants de pensée, des mouvements et même des associations volontaires qui forment la contre-culture de l'époque contemporaine, dans les sociétés industrielles capitalistes, n'a pas d'unité propre. Il serait plus exact de parler d'oppositions culturelles. Mais l'unité historique du phénomène n'en est pas moins claire : il s'agit de l'ensemble des mouvements de marginalisation ou de contestation formés au moment d'une extension et d'une accélération d'une croissance organisée autour des exigences des grandes organisations : intégration interne, manipulation des besoins et des attitudes, répression de plus en plus forte des conduites qui « dévient » par rapport aux valeurs et aux normes qu'elles créent.
C'est aux États-Unis que la contre-culture est née, qu'elle a eu les effets les plus étendus et qu'elle a trouvé ses héros et ses analyses. L'influence américaine s'est étendue surtout à l'Europe occidentale, où cependant elle a été limitée par la force des mouvements ouvriers militants en France et en Italie. Partout la contre-culture s'est mêlée aux nouveaux mouvements contestataires, en particulier parmi les étudiants. Mais sans jamais se confondre avec eux et parfois en marquant nettement la distance entre le changement culturel et le conflit politique.
Bien que la même œuvre ou le même mouvement puissent avoir plusieurs significations, il faut distinguer à l'intérieur de la contre-culture des tendances très diverses, en particulier celles qu'on pourrait nommer la nouvelle culture, le refus, la recherche de l'équilibre, la rupture culturelle, la contestation culturelle.
1. La nouvelle culture
Renversant l'image traditionnelle du rôle des collèges, un sociologue américain (R. Flacks) a pensé que la révolte étudiante provenait du conflit entre les normes très traditionnelles, bureaucratiques, voire répressives, de l'enseignement et celles que des étudiants de niveau social élevé ont apprises dans des familles libérales et donnant beaucoup d'importance à l'expressio […]
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