3. Quelle image de l'écrivain et de l'homme ?
Comme écrivain, Chateaubriand a le goût classique ; ses admirations poétiques vont à Ducis, Parny, Delille, J.-B. Rousseau. Poète lui-même, il versifie comme eux dès ses « Tableaux de la nature » (1789-1790) ; dramaturge, il définit son Moïse, écrit en 1811, comme « un ouvrage strictement classique », et c'en est la meilleure critique. Ce sont là des sections mortes de son talent. À ce qu'il appelle également un « reste de [s]es préjugés classiques » (Mémoires d'outre-tombe, XVIII, vi) se rattache encore l'emploi pénible du merveilleux chrétien dans Les Martyrs, qu'il se reprocha trop tard comme un manque de naturel. Même dans les Mémoires, son goût de la rhétorique le pousse à « abîmer » ce que son écriture peut avoir de spontanément intime et simple (comme on le voit dans certaines de ses lettres) par des alourdissements discutables, même s'ils sont hautement significatifs ; ainsi le chapitre x du IIIe livre, rédigé en 1817, ne peuple les songes de l'adolescent que d'une « fille enchantée ». C'est dans la révision de 1832-1833 que Chateaubriand enrichit l'imagerie d'allusions mythologiques et donne à son fantôme ce nom de « sylphide » rendu fameux au même moment par le ballet où brillait l'inégalée Taglioni. Le rêve bien simple d'autrefois disparaît presque sous le flamboiement d'un style très (trop ?) « littéraire ». On peut aimer un Chateaubriand moins apprêté, moins ornemental.
Autre pan de son œuvre à avoir mal vieilli : les digressions. Compilateur abondant comme on l'était à son époque, et d'ailleurs parfois imprudent dans ses emprunts à des sources non vérifiées, Chateaubriand est « homme de lettres » dans des circonstances où le lecteur moderne le voudrait concis et surtout plus personnel. Dans sa première pièce de vers imprimée, « L'Amour de la campagne » (1790), il se peignait déjà se promenant « un Tibulle à la main » ; et plus tard que de réflexes de pur homme des livres ! Voyons-le par exemple à Jérusalem, en 1806 ; il […]
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