2. Entre l'avenir et le passé
Lorsqu'on étudie la pensée de Chateaubriand, on s'avise qu'aussi bien en religion qu'en politique cet homme a vécu partagé. Voyons ses idées religieuses. Il est certain qu'elles ont évolué ; dans la « Digression philosophique » finalement retranchée du livre XI des Mémoires, Chateaubriand se revoit à l'époque de l'Essai sur les révolutions : « Si mon imagination était naturellement religieuse, mon esprit était sceptique. » Pourtant, dans l'Essai lui-même, le jeune exilé s'interrogeait déjà sur ce « désir inconnu », « cette soif de quelque chose » : « Est-ce un instinct indéterminé, un vide intérieur que nous ne saurions remplir, qui nous tourmente ? » De cette perplexité à la réponse du Génie, cinq ans plus tard, il n'y a pas vraiment conversion, quoi qu'il en ait dit : Chateaubriand est un esprit de tournure intellectuelle religieuse, ce qui n'implique guère chez lui foi vibrante ou effusions mystiques, mais plutôt un regard sur l'humanité à partir d'une analyse de soi. « L'homme n'a pas besoin de voyager pour s'agrandir ; il porte avec lui l'immensité. [...] qui n'a point en soi cette mélodie, la demandera en vain à l'univers » (Mémoires d'outre-tombe, XLIV, v). C'est pourtant sous la plume de ce Chateaubriand « éclairé » que nous lisons sur les croisades (Itinéraire, IV), sur la révocation de l'édit de Nantes (Vie de Rancé), sur la prise d'Alger vue comme écrasement de l'islam (Mémoires, XXXII, vi), des éloges immodérés qui nous déçoivent. Notons aussi que d'esthétique et souvent passéiste au temps du Génie, le christianisme de Chateaubriand devient davantage politique et social dans sa vieillesse, notamment au contact de Lamennais, dont il soutint le journal L'Avenir (1830-1831) ; et, même s'il désapprouve ensuite la désobéissance qui condamne l'auteur de Paroles d'un croyant à la marginalité, il va lui rendre visite en prison (1841) et reste avec lui convaincu que la phase adulte du christianisme, la démocratie, est à venir. Il aurait voulu écrire, da […]
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