Les Mémoires d'outre-tombe sont, comme le signale leur titre et selon la volonté de Chateaubriand (1768-1848), une œuvre posthume, publiée d'abord en feuilleton dans La Presse, à partir du 21 octobre 1848, puis en douze volumes, de 1849 à 1850. Ils sont issus des « Mémoires de ma vie », commencés en 1809, abandonnés dans les années 1820, puis repris et élargis à partir de 1830 environ.
1. Une méditation sur le XIXe siècle
Si on appelle plutôt « Mémoires » un récit dans lequel l'auteur se présente comme le témoin ou l'acteur d'événements, parfois historiques, dont l'importance excède sa personnalité, et plutôt « confessions » ou « autobiographie » un récit dont l'intérêt réside principalement dans le « moi » de l'écrivain, les Mémoires d'outre-tombe appartiennent aux deux genres. Sur l'Empire, auquel Chateaubriand s'opposa, et sur la monarchie de la Restauration, qui le fit ministre, l'ouvrage offre des documents historiques capitaux. On soupçonne toutefois son auteur de grandir sa stature et son rôle d'opposant à Napoléon, puis son influence auprès des légitimistes avec le retour de la monarchie. Surtout, il est symptomatique qu'aient acquis la plus grande renommée les pages, directement issues des « Mémoires de ma vie », où Chateaubriand évoque son enfance. « J'écris principalement pour rendre compte de moi à moi-même », annonce-t-il en tête de sa première ébauche, projet qui l'inscrit moins dans la lignée des Confessions de Rousseau, qui prétendait témoigner pour les autres, que dans celle qu'illustrera bientôt la Vie de Henry Brulard de Stendhal (1890). À l'autre bout, quand Chateaubriand en vient à évoquer les années postérieures à la révolution de juillet 1830 qui l'a poussé vers la retraite, la perspective s'élargit au-delà même de celle du mémorialiste : elle devient celle d'un penseur qui médite sur son siècle et d'un poète épique qui chante le devenir de l'humanité. « Notre espèce, écrit Chateaubriand, se divise en deux parts inégales : les hommes de la mort et aimés d'elle, tr […]
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