Le nom de Roger Corman est surtout lié au cinéma fantastique américain qu'il renouvelle, entre 1960 et 1964, avec ses films inspirés des textes d'Edgar Allan Poe. Toutefois, il est bien plus que cela. En tant que producteur, réalisateur, distributeur et révélateur de talents, il donna à la série B à petit budget ses lettres de noblesse et une certaine légitimité. Grand styliste lui-même – c'était sa manière de résoudre par des audaces formelles son manque d'argent –, il créa autour de l'A.I.P. (American International Pictures), dont il fut un collaborateur zélé, puis de sa propre maison de production, New World Pictures (fondée en 1970), de véritables zones expérimentales de création où tous les genres, du western au thriller, étaient abordés, critiqués et renouvelés. Il mit ainsi le pied à l'étrier à de très nombreux techniciens, acteurs ou réalisateurs qui n'auraient pu débuter directement dans les grands studios. Le cinéaste-producteur s'est toujours voulu un libéral, voire un homme de gauche, comme en témoigne son audacieux The Intruder (1961), un film contre la ségrégation raciale. Corman a réalisé ou produit, en cinquante ans, plus de cinq cents films.
Roger Corman est né à Detroit en 1926. Bien qu'intéressé par les comic books, le cinéma et l'œuvre de Poe, il va suivre des études d'ingénieur comme son père. Après le service militaire, il devient garçon de courses à la Fox, lecteur de scripts, avant de vendre, en 1953, son premier scénario, Highway Dragnet (le long-métrage sera dirigé par Nathan Juran). Il rencontre alors James H. Nicholson et Sam Arkoff, qui viennent de fonder l'A.I.P. (American International Pictures), une compagnie indépendante destinée à promouvoir, avec des moyens réduits, le cinéma de genre. Corman y devient le réalisateur et le producteur vedette. Il réalise en 1955 son premier film, Five Guns West (Cinq fusils à l'Ouest), puis Apache Woman, deux westerns où l'on sent déjà le style nerveux de l'auteur. Dans son quatrième film, The Day the World Ended, qui marque sa prem […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



