2. La défense d'un cinéma d'auteur
C'est alors que Coppola se prend au piège de ses propres contradictions. Fustigeant l'Amérique capitaliste et impérialiste, il construit en 1969 une gigantesque structure cinématographique : American Zoetrope, studio censé garantir la liberté de création artistique aux cinéastes les plus ambitieux du monde, lui compris. Fort de ses réussites récentes, il met en chantier un projet hyperhollywoodien teinté de film expérimental : Coup de cœur (One from Heart, 1982) où une banale histoire d'amours difficiles est contrebalancée par le baroque des décors, des couleurs, le recours à la technologie électronique. Le film est un gouffre financier. Le réalisateur persiste et ouvre ses portes à Wim Wenders, mais phagocyte son Hammett (1983). Producteur tant frénétique qu'avisé, il réalise coup sur coup, en 1983, un film pour adolescents (The Outsiders) et un autre à nouveau proche de l'expérimental Rusty James (Rumble Fish), apprécié de la critique internationale. Son délire visuel le pousse peu après à reconstituer l'époque glorieuse du Cotton Club (1984), qui s'avère un autre échec commercial. Coppola ne se laisse pas pour autant abattre et trouve aussitôt refuge dans un film nostalgique et plus conventionnel, Peggy Sue s'est mariée (Peggy Sue Got Married, 1986). Le tout forme un ensemble de films cependant cohérent où ses thèmes préférés se côtoient régulièrement : la famille, les amours malheureuses, les destins hasardeux, les pouvoirs contrariés, la dualité morale de l'être, la culpabilité, la compassion maladroite, la tendresse inavouée, l'aveuglement autodestructeur, la déroute de la marginalité, l'amour comme panacée. Une conception quasi visionnaire de la mise en scène caractérise ces œuvres, en permanence axée sur les jeux contrastés de lumières chaudes, la stylisation très élaborée des décors, la mouvance expressionniste de la caméra, le montage alterné, le son d'ambiance conçu comme véritable composition lyrique et la musique alternant créations originales et emprunts […]
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