2. Poésie et vérité
L'œuvre d'Hoffmann doit une part de sa célébrité, non la meilleure sans doute, aux accessoires effrayants de ses « histoires à faire peur », ses « histoires de fantômes » (Spuckgeschichten). Sans souci des lecteurs superficiels, Hoffmann multiplie à plaisir les histoires de revenants, enterrés vifs, magiciens et horribles sorcières édentées qui peuplaient la littérature allemande du temps. Lui-même n'y croyait nullement, mais se servait de ces procédés peut-être un peu faciles pour exprimer, faute de moyens plus directs, sa propre angoisse.
Alors que la littérature telle qu'il la conçoit est nécessairement liée au monde extérieur, la musique n'appartiendrait selon lui qu'au monde purement spirituel. Parce qu'il ne sut pas peut-être y créer le pôle antithétique qu'il trouve dans la littérature, Hoffmann ne put créer « sa » vraie musique et son œuvre musicale est tombée dans l'oubli malgré quelques efforts pour la faire renaître. L'élément « démonique » – au sens goethéen – qu'Hoffmann perçoit dans la musique se retrouve cependant dans sa création la plus originale, chez le musicien fou Kreisler dont la biographie, qui devait constituer une œuvre autonome, se trouve éparpillée dans Le Chat Murr (Die Lebensansichten des Katers Murr, écrite à Berlin à partir de 1814, publiée en 1819-1821). Il y a sans doute une grande part de confession dans le jugement que l'auteur porte sur son personnage : nous devons, dit-il, « le considérer comme un musicien portant les traits du génie mais non pas génial lui-même, comme un génie raté et malheureux et nous devons attribuer sa folie à la démesure de son imagination débridée et incapable de trouver une forme ». Kreisler assume jusqu'à l'amour malheureux d'Hoffmann pour Julia Marc qui traverse sa vie et son œuvre. Tombé amoureux de son élève âgée de quinze ans alors que lui, marié depuis neuf ans, en avait trente-cinq, sa jalousie fut si forte qu'il en vint aux mains avec le fiancé de la jeune fille. Le scandale lui fermait la porte des Marc, mai […]
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