2. Les premiers romans
Il eut beaucoup de mal à se réadapter. Il rompit avec ses parents, qui ne comprenaient pas ses difficultés, reprit du travail comme journaliste (au Toronto Star), épousa Hadley Richardson et vint s'installer à Paris dès 1921. Son ambition était d'écrire. Il s'imposa une discipline rigoureuse, se mêla très peu aux autres expatriés américains, comme on le voit dans Paris est une fête, fréquenta avant tout Gertrude Stein et Sylvia Beach, qui ont toutes les deux parlé de lui dans leurs mémoires (Autobiographie d'Alice B. Toklas et Shakespeare and Company). Guidé par Gertrude Stein et le poète Ezra Pound, il s'efforça d'atteindre à un style aussi dépouillé et laconique que possible dans des récits très concentrés où il distillait l'essentiel de son expérience de la vie et de la mort – dans La Grande Rivière au cœur double par exemple. Son premier recueil de nouvelles, De nos jours (In Our Time), parut à New York en 1925, mais n'attira guère l'attention.
C'est seulement lorsqu'il publia, en 1926, Le soleil se lève aussi (The Sun also Rises) que Hemingway réussit à s'imposer. Le livre devint aussitôt un best-seller. Le titre est un rappel de l'Ecclésiaste (chap. I, 3-7), et le sujet en est la génération perdue. On y suit les allées et venues à Paris, puis à Pampelune, pendant les fêtes de la Saint-Sébastien, d'un groupe de jeunes gens complètement désaxés par la guerre. Le monde où ils évoluent est absurde. Tout n'y est que vanité. Ils ont beau s'agiter, boire, essayer de partager la passion des aficionados espagnols pour les courses de taureaux, ils ne réussissent pas à meubler le vide de leur vie. Il leur faut toute leur volonté pour ne pas céder au désespoir ni sombrer dans le chaos des cauchemars. Ils ont peur de la nuit et, le jour, ils tâchent de se raccrocher à des occupations précises, à des rites : celui de la conversation, celui de la pêche, celui des courses de taureaux ; ils parviennent ainsi, tant bien que mal, à donner une forme et un minimum de sens à leur vie et à […]
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