3. Mort de l'individualisme et « engagement »
Après le succès de ses premiers romans et son second mariage, il s'était installé en 1928 à Key West, à l'extrême pointe de la Floride, toujours en marge des États-Unis. Il s'en éloigna même davantage quelques années plus tard en allant à Cuba où il résida (aux environs de La Havane) jusqu'en 1960. Tous ses loisirs se passaient à pratiquer sur son yacht, le Pilar, la pêche à l'espadon dans la mer des Antilles. Bien que ce fût alors la « crise » aux États-Unis, il semblait complètement détaché des problèmes sociaux et préoccupé uniquement d'exploits sportifs et de littérature.
En fait, cependant, il s'était peu à peu rendu compte qu'il est difficile à l'individu isolé de faire seul son salut et qu'on ne peut pas vivre indéfiniment à l'écart des autres. Telle est la leçon de En avoir ou pas (To Have and Have Not, 1937), roman assez décousu dont le héros, qui se nomme Harry Morgan comme le célèbre boucanier, est obligé, faute d'argent pour nourrir les siens, de se lancer dans toutes sortes d'aventures où, malgré tout son cran, il finit par succomber. Il incarne avec une vitalité extraordinaire l'individualiste américain, l'homme de la « frontière » qui, pour défendre son droit à l'existence va jusqu'à la révolte armée contre les pouvoirs établis, mais qui, au moment de mourir, constate que « de quelque façon qu'il s'y prenne, un homme seul est foutu d'avance ».
Cette phrase marque la fin de l'individualisme quelque peu byronien de Hemingway. Il n'est plus question pour lui, en 1937, de paix séparée. La guerre civile espagnole fait rage. Le fascisme menace. Il est impossible dorénavant de vivre à part. Qu'on le veuille ou non, il faut choisir : se solidariser avec ceux qui « en ont » ou se révolter avec ceux qui n'« en ont pas ». Hemingway n'hésita pas. Ses sympathies allaient aux seconds. On le vit bien lorsqu'il partit pour Madrid en 1937 pour le compte d'un groupe de journaux américains. Il fit de son mieux pour défendre la cause des Républicains espagno […]
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